الأربعاء، 31 أغسطس 2016


LA CULTURE AMAZIGH

par Denis BILLAMBOZ 
J’ai voulu à travers ces deux ouvrages rendre hommage à la culture amazigh, plus largement à la culture issue de l’Afrique du Nord antique, celle d’avant toutes les invasions, qui n’est pas toujours considérée à sa juste valeur même en Algérie. Mouloud Feraoun est un pur Kabyle de naissance même s’il s’exprime en français dans ses textes. Quant à Yacine Kateb, ses racines sont peut-être arabes, je ne sais pas très bien, mais l’esprit du texte présenté ici exprime bien le retour aux valeurs ancestrales de la pensée amazigh. Pour l’anecdote, on peut aussi signaler que Kateb faisait chanter l’Internationale en langue amazigh avant la représentation de ses pièces de théâtre.
 LE FILS DU PAUVRE
Mouloud FERAOUN (1913-1962)
Mouloud prête sa plume à Menrad, petit instituteur, pour qu’il raconte son histoire de gamin et d’adolescent né dans un pauvre village de Kabylie où « le riche demeure toujours avare. Le pauvre, tour à tour, nargue ou convoite la misère du riche ».
Né en 1912, Menrad « Fouroulou », un peu, beaucoup même, Mouloud Feraoun lui-même, est le seul garçon de sa famille, il a tous les droits sur ses sœurs comme sur ses cousines. « Je pouvais frapper impunément mes sœurs et quelques fois mes cousines : il fallait bien m’apprendre à donner des coups ! » Il doit devenir un lion pour que la famille domine le village mais, passée la limite de son quartier où il est respecté, il devient un véritable agneau à la merci des attaques des autres gamins du village. C’est un enfant très paisible qui reçoit une éducation virile pour en faire un chef autoritaire.
La vie au village est difficile, la nature n’est pas généreuse, les récoltes sont maigres et les calamités nombreuses, il ne faut pas ménager sa peine ni sa sueur pour faire seulement vivre les siens. Cependant, l’indigence est fièrement supportée, les familles sont pauvres mais cachent leur misère pour conserver leur dignité et se rassembler en un peuple rude et fier qui ne se laisse pas aisément dominer. L’expatriation en France s’impose souvent comme moyen de renflouement des familles ruinées mais les émigrés doivent subir l’humiliation et l’exploitation avant de ramener quelques sous au pays. Le village ne connait pas les castes mais les querelles de familles, au sein des familles ou entre familles, sont nombreuses, elles sont le plus souvent réglées par des arrangements amiables qui n’éteignent jamais les haines ancestrales. « En somme, à Tizi, on se connait, on s’aime ou on se jalouse. On mène sa barque comme on peut, mais il n’y a pas de castes. »
Un récit initiatique qui décrit le parcours d’un fils aîné destiné à assurer la pérennité et la puissance de la famille mais qui n’a rien d’un chef viril, rêvant seulement de vivre paisiblement et d’apprendre car l’instruction est, pour lui, la meilleure solution de sortir de sa condition de pauvre paysan cloué à sa terre aride.
Une belle image d’un pays âpre et rugueux où la solidarité, malgré les rivalités familiales, n’est pas un vain mot dans un monde figé dans le temps, dans ses coutumes, ses pratiques et ses traditions. Un monde où la superstition dépasse la raison et même la religion, où le vol est un moyen d’appropriation comme un autre. Et, surtout, un monde où les femmes ont un sort peu enviable, cantonnées dans leur rôle de génitrices et de main d’œuvre gratuite sans aucune compensation. « Fouroulou … recevait ainsi deux fois plus que les autres. Les sœurs n’avaient rien à dire : un frère peut bien céder ce qui revient à son aîné. Tant pis pour elles si elles ne sont que des filles ».

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